Amenez-en des p’tits vieux!

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 Lorsque je vivais  à Banff, j’avais considéré faire du bénévolat avec des personnes âgées, mais je n’en ai jamais eu le courage. J’ai eu peur. De quoi donc allait-on bien pouvoir jaser??? Est-ce qu’il faudrait que je répète 50 fois la même affaire pour qu’ils comprennent? Que j’écoute leurs histoires de quand il n’y avait pas d’électricité et qu’ils marchaient 5 kilomètres pour se rendre à p’tite école? Que je mange toutes les tires Ste-Catherine et les paparmanes qu’ils tireraient d’en dessous d’un mouchoir en tissu au fond de leur poche? Que je respire cette odeur de p’tits vieux qui attendent que les heures passent et guettent la porte en espérant que leurs enfants et petits-enfants viennent enfin les visiter? 

Bien que je travaille désormais dans une résidence pour personnes âgées semi-autonomes, je ne rougis pas de cet aveu parce que je sais que beaucoup d’entre vous évitent le contact de nos aînés pour ces mêmes raisons. Et si je suis franche avec vous, oui, cette réalité est présente lorsqu’on côtoie des nonagénaires. Oui, je me répète, oui j’entends les mêmes histoires plus d’une fois, oui  ils s’endorment entre deux phrases, oui ils sont frêles et vulnérables. 

Parfois, je vois une main tremblotante promener une cuillerée dont la soupe s’échappe avant même  d’atteindre le but, un dos courbé qui pousse lentement -si lentement- une marchette, une pochette d’urine qui dépasse d’une jambe de pantalon et je suis  assaillie par la peur de ma propre vieillesse qui viendra et me départira de tous mes moyens, un à  la fois. Parfois, je sens mon cœur se gonfler et prêt à éclater tant il est confrontant  de se retrouver face à face avec la fragilité de l’homme vieillissant.

Pourtant, je vous ferais un portrait bien faux de ces hommes et de ces femmes si je me limitais à ça! La plupart du temps, si mon coeur se gonfle, c’est de la joie dont ils le remplissent! Leurs histoires, leurs traits d’esprit, leurs sourires, leur compassion, leur énergie!  Je donne avec aisance et reçois tellement en échange! Je n’aurais jamais cru pouvoir être cette personne, mais l’abondance qui pénètre ma vie à leur contact est bien réelle! Je retire énormément de fierté à enjoliver leur vie et la mienne gagne indéniablement au change. Entendre Peter m’appeler Love l’orque je l’aide à ajuster sa bavette, voir l’excitation dans le regard d’Hannah lorsqu’elle joue quitte ou double dans une partie de dés, regarder Tina taper des mains avec plaisir en sortie au festival Mexicano, déposer devant Phyllis et Sylvia un bol de soupe qu’elles ne mangeront qu’à moitié, trop occupées à papoter, entendre Jerry criée bingo quand j’appelle enfin le numéro qu’elle attendait…et ça continue encore et encore!

On m’a dit quand j’ai choisi de m’installer ici que c’était une ville de vieux. Peut-être, mais une ville bien vivante où on gagne à l’échange générationnel. Je suis incroyablement reconnaissante de côtoyer ces vieilles âmes et ma crainte passée m’apparaît  maintenant plutôt ridicule en comparaison de tout ce que j’y gagne.

En espérant que vous saurez passer outre votre propre crainte pour que vieux et moins vieux puissent gagner au change!

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