En transit

Je me surprends à aimer regarder tout ce béton qui grimpe en hauteur, étage par-dessus étage, comme un ambitieux gâteau de mariage. Un mois s’est écoulé dans ma jolie maison de banlieue à prendre soin de deux chattes plus affectueuses que je ne l’aurais cru. Me voilà désormais transportée dans les hautes sphères de la ville de Vancouver, à observer les oiseaux d’égal à égal. Le ciel est gris et d’ici, je vois la pluie en pleine chute,  une centaine de mètres à voyager avant de s’écraser sur les parapluies ouverts.
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J’aime capter des éclairs de mouvement dans cette immobilité de verre et de béton. Saisir du coin de l’oeil un rideau qui s’ouvre dans une tour distante, un corps qui s’anime de l’autre côté d’une fenêtre, un oiseau qui manœuvre entre les gratte-ciels, la pluie qui tombe de biais, un homme qui marche dans la jungle urbaine d’un toit vert.  C’est seulement lorsque je reporte mon regard vers le bas que l’agitation  me rattrape. Les voitures qui quadrillent la ville, les piétons qui cheminent avec empressement, les camions de livraison qui se vident de leurs entrailles. Même ce continuel va et vient semble prendre son temps du haut de ma chambre au dix-septième étage.
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Ici, je suis chez un ami qui me reçoit en attendant mon établissement sur l’ile de Vancouver. Il me sauve du statut de sans-abri puisque je n’ai désormais plus d’adresse, ayant quitté Squamish avec tous mes effets à la mi-janvier, pour m’installer chez des amis qui partaient en voyage pour un mois.  Entre deux caresses distribuées à Sarah et Emma, les chattes dont j’ai pris soin pendant ce mois à Vancouver Nord, j’ai parcouru les petites annonces à la recherche d’un toit et d’un emploi à Victoria. Le premier, j’ai trouvé.

Une  grande chambre qui fait face au sud dans une magnifique maison ancienne. L’océan à deux minutes de marche, un parc avec de grands arbres et jardins de l’autre côté de la rue et le centre urbain à une quinzaine de minutes à pied. Ce n’est que temporaire. De mars à juin. Trois mois qui me permettront de prendre mes airs autour de la ville et de me resituer en toute connaissance de cause.

En attendant mars et le printemps à Victoria, j’ai décidé d’aller trouver l’hiver à Banff. La neige, les montagnes et le ciel bleu des Rocheuses.

C’est aussi parce que mes racines n’ont nulle part où se planter en ce moment que j’ai senti le besoin de retourner là où j’ai fait fleurir de magnifiques relations pendant les six dernières années. Besoin d’un peu de sécurité et de chaleur humaine avant de plonger de nouveau dans l’incertitude et l’excitation d’une nouvelle aventure.

 

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Victoria était en pleine floraison lors de ma visite la semaine passée.

 

 

imageLes fleurs apparaissent également à Vancouver cette semaine.

En attendant, les sons de la ville m’interpellent par la fenêtre ouverte. Je vais aller me mélanger au monde d’en bas.

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