La question nationale vue par une expatriée dans l’Ouest

Il y a cinq ans, je suis arrivée à Banff, histoire de faire connaissance avec les Rocheuses canadiennes. J’étais loin de me douter que je ne retournerais pas au Québec de si tôt. Non plus n’avais-je envisagé qu’un jour, il me faudrait peut-être un passeport pour y passer mes vacances.

L’enjeu national/identitaire/référendaire fait maintenant parti du débat, qu’il en ait été planifié ainsi ou non. Il est difficile en tant que Québécoise expatriée dans les Rocheuses d’avoir une vision séparatiste. Et qu’en est-il réellement au Québec? Y a-t-il un vrai débat comme les partis politiques et les médias nous le font croire? Est-ce encore un idéal partagé de plusieurs ou seulement un rêve pour quelques uns?

Je me demande comment les Québécois se positionnent vis-à-vis du reste du Canada. Il y a un monde de diversité et de différence dans les quelques 9000km qui séparent les deux côtes de ce pays et je ne nie pas que le Québec est distinct à plusieurs égards. Mais à ce point, le Nouveau-Brunswick, avec ses deux langues officielles est distinct. Le Nunavut avec sa majorité autochtone est distinct. Terre-Neuve, isolée sur les côtes de l’Atlantique est distincte.

Mais qu’est-ce qui rend le Québec si distinct? Son héritage français plutôt qu’anglo-saxon? Alors qu’en est-il du million de francophones hors Québec? Est-ce que leur langue continuera d’être reconnue comme officielle si le Québec prend le large? Est-ce que les Québécois se soucient du combat qui se joue pour la conservation du français en dehors de son territoire? Devraient-ils?

Je m’interroge également sur ce que les anglophones pensent des Québécois. Nous considèrent-ils Canadiens à part entière? En ont-ils assez d’entendre le Québec constamment proclamer son caractère unique? Ont-ils vraiment intérêt dans une province qui ne veut pas être dans le même bateau qu’eux? En fait, je ne saurais trop les blâmer de ne pas tenter de nous retenir et même, de gentiment nous montrer la sortie.

N’empêche, je trouve triste tous ces préjugés véhiculés d’un côté et de l’autre des frontières provinciales. Le Canada est énorme et ne se connait pas. Je vis et travaille aux côtés d’hommes et de femmes de l’Alberta, des Territoires du Nord-Ouest, de la Nouvelle-Écosse. J’ai des amis de l’Ontario, de Terre-Neuve, de la Saskatchewan. Pour chacun d’entre nous, d’être sortis de notre province pour aller voir ailleurs ce que le Canada avait à offrir nous a permis d’enfin connaître les gens de notre pays. De nous donner un sens d’appartenance à celui-ci au travers de ses habitants. Voilà malheureusement quelque chose qui fait défaut à la majorité des Canadiens.

Je ne sais pas si un jour le Québec sera maître de sa propre barque. Mais l’idée que peut-être, un jour, en choisissant de résider ailleurs au Canada, je n’habiterai plus à l’intérieur du pays qui m’a vu naître, m’attriste. M’attriste encore davantage cette incompréhension, ce manque d’intérêt qu’ont les Canadiens à l’égard de ceux des autres provinces. À l’égard de ceux qui partagent l’autre langue officielle. Me peine également ce sentiment que la seule façon de faire est de se diviser.

Bah, le Canada n’est pas si unique dans ce sens. Il n’est pas le premier ni le dernier à vouloir changer ses frontières pour des questions économiques, religieuses, culturelles, linguistiques et j’en passe. Ça aussi on l’oublie souvent.

N’empêche… un pays, deux solitudes… quelle tristesse.

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