P’tit Canard à Patte Cassée

En cette journée de début de printemps, P’tit Canard s’était levé bien tard. Mais voilà, P’tit Canard méritait son sommeil, il avait travaillé jusqu’aux petites heures du matin. Comme il n’avait pas envie de passer toute sa journée seul à la maison, P’tit Canard avait décidé d’aller faire un tour à la ferme, histoire d’y voir la vie qui s’activait. Il croisa quelques amis en chemin qui lui firent une charmante conversation. Il s’offrit sa première crème-glacée de la saison au comptoir laitier de Madame La Vache. En chemin vers la forêt, son cône à la main, il fit une halte chez son ami Monsieur Le Lama qu’il avait fort peu vu ces derniers temps. Puis finalement, sa crème-glacée dans l’estomac, il fit une jolie promenade dans la forêt encore blanche de sa neige hivernale avant de revenir au bercail.

Comme son estomac l’interpellait encore une fois, il s’apprêtait à partir à la chasse lorsque son voisin Monsieur Cochon lui offrit de partager son repas. Monsieur Cochon étant un chef hors-pair, P’tit Canard hésita peu avant d’accepter l’invitation. À peine son bedon était-il agréablement rempli que Madame La Poule venait le chercher et ensemble, cheminaient-ils jusqu’à la Grande Grange où ils allaient assister à un concert. Le concert fût un ravissement et P’tit Canard était bien content de sa journée. Il salua Madame La Poule et continua sa marche en direction de chez l’Ami Corbeau avec qui il devait terminer cette agréable soirée.

Il faisait bien sombre sur le sentier et la neige qui avait fondu dans la journée avait maintenant gelé le long du chemin. P’tit Canard marchait sans trop se méfier et voilà où fût son erreur. Il posa le pied sur une plaque de glace traîtresse et sentit sa petite patte se plier en deux dans une affreuse douleur. Il se retrouva étendu de tout son long sur le sentier glacé. De douleur et de frustration il pleura, mais personne aux alentours ne semblait l’entendre. Il eut bien Monsieur Moufette pour l’apercevoir au loin, mais Monsieur Moufette devait trouver bien normal de voir un pauvre petit canard étendu de tout son long dans un sentier obscur, sale et froid car il ne dévia pas de son chemin pour porter secours au P’tit Canard. Mais voilà qu’enfin trois moutons passèrent sur son chemin et le levèrent de terre pour lui permettre de s’asseoir au sec. En proie aux larmes et à la douleur, P’tit Canard attendit quelques instants l’escouade de sécurité. L’Agent Boeuf et l’Agent Beef arrivèrent sous peu et proposèrent de l’escorter jusqu’à la Grange Hôpital. P’tit Canard réquisitionna d’arrêter chez l’Ami Corbeau avant que celui-ci ne s’inquiète de ne pas le voir arriver. Ainsi donc le convoi démarra et prit la route de la Grange Hôpital.

À la Grange Hôpital, on prit des radiographies de sa patte et on l’installa sur une couchette de paille en attendant le verdict du Dr. Hibou. P’tit Canard, malgré la douleur et la frustration, gardait le moral et blaguait avec l’Ami Corbeau. Puis, le verdict tomba enfin. Le P’tit Canard avait bel et bien la patte cassée. Il en avait pour six semaines de guérison.

Non sans douleur, on lui immobilisa la patte dans une botte de plastique qu’il pourrait ôter quand viendrait le temps d’aller se rincer à l’étang et plus tard, lorsque la douleur se calmerait, il pourrait l’utiliser pour marcher. D’ici là, il devrait se contenter de sautiller à l’aide de béquilles.

Secondé par l’Ami Corbeau, P’tit Canard s’apprêtait à retourner à la maison, mais les anti-douleurs lui montaient à la tête et il se mit à voir des étoiles. Il crut qu’il allait s’évanouir et dû retourner à sa couchette de paille avec une bonne cruche d’eau. Lorsqu’il se sentit mieux, on le mit sur une chaise et le roula jusqu’à la sortie où une brouette-taxi l’attendait pour le conduire à la maison. Il était deux heures du matin lorsque l’Ami Corbeau s’en alla et P’tit Canard se mit au lit.

Il était quatre heures trente lorsque P’tit Canard se réveilla pour se soulager la vessie et six heures trente lorsqu’il se réveilla de nouveau sans pouvoir se rendormir. Il passa la matinée dans une semie-léthargie dû au médicament et au manque d’énergie. Madame LaPoule fût bien clémente et trouva le temps de lui amener des légumes surgelés pour diminuer l’inflamation de sa pauvre patte cassée. En après-midi, l’Ami Corbeau revint avec des provisions et lui tint compagnie jusque tard dans la soirée. La journée passa entre plusieurs siestes et sessions de légumes surgelés. Le P’tit Canard se remit dans sa couchette de paille et dormit quelques heures avant d’être réveillé par l’inconfort qui émanait de sa patte cassée. Il ressortit les légumes surgelés et la douleur sembla se calmer suffisamment pour qu’il réussisse à dormir sans trop de peine cette fois jusqu’en fin de matinée. Au réveil, la douleur était moindre et l’appétit un peu plus présent.

Le P’tit Canard en avait pour six semaines avant de retourner courir dans les prés. Les premières semaines seraient les plus dures vu l’impossibilité de mettre du poids sur sa patte et les sentiers glacés partout qui rendraient périlleuse toute tentative de sautiller à l’aide de ses deux cannes de bois. Le P’tit Canard se disait que rien n’arrive pour rien et qu’il devrait se montrer fort et surtout très, très, très, très patient face à l’adversité.

 

**** Afin de protéger leur identité, les noms des figurants ont été modifiés. Toute ressemblance avec quelqu’un de votre entourage (surtout si vous habitez à Banff) est un puuuuuuuur hasard.

 

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