Apprendre à vivre le moment présent

La vie est parfois un peu étrange. On dirait vraiment que lorsqu’on se décide à ouvrir les yeux, les oreilles et l’esprit, les choses se présentent, parfois se bousculent. Fascinant aussi comment une chose en amène une autre.

Dans mes recherches d’un emploi en Amérique du Sud, je suis tombée sur cette petite compagnie qui offre des tours où se mêlent un volet aventure et un volet retraite spirituelle. Ils ont un poste de professeur ou animateur d’activités d’arts plastiques à leur camp de base au Guatemala. Bref, tout cela m’interpellait à bien des niveaux et j’ai demandé plus d’info sur le poste. Je n’en ai pas reçu, mais j’ai reçu une espèce d’ouvrage du fondateur de la compagnie pour encourager les gens à persévérer dans l’idée de cette retraite spirituelle (c’est que ça doit coûter les yeux de la tête). Son idée principale est simplement d’apprendre à vivre le moment présent de façon à être davantage connecté avec soi-même.

Pour être franche, il y a des passages que je lis bien vite parce qu’ils m’emmerdent un peu. Pour moi, la spiritualité a parfois des aspects de religion qui me rendent un peu rétissante. Mais certains autres passages m’amènent à réfléchir.

Ce matin, un déclic s’est fait dans les phrases que j’ai lu de cet ouvrage et qui m’a ramené à ces fichus rêves récurrents que je fais depuis des années et que je n’arrive toujours pas à réellement comprendre. Le plus classique est celui où je visite une nouvelle maison ou un nouvel appartement. Je suis super emballée et enthousiaste au début. Tout semble grand, beau, particulier et intéressant. Mais plus j’y regarde, plus les pièces deviennent étranges, petites et perdent leur charme original. Et je continue à déambuler, mais reste en moi une déception ou insatisfaction. Je comprenais bien que c’était lié à moi, à mon monde intérieur,  mais j’avais simplement l’impression de ne jamais aller nulle part. Ou d’être prise à quelque part qui ne me plaisait pas tant.

J’ai réalisé ce matin qu’en fait, je n’arrive jamais à me satisfaire du moment. Si les choses m’apparaissent belles au début ou au moment de les anticiper, elles se ternissent toujours. Elles ne sont jamais assez biens.  Je suis toujours à espérer le moment parfait. Qui n’arrive pas. Et à me dire que peut-être que l’autre moment d’après sera donc celui qui s’avérera parfait. Bon, ce n’est pas tout à fait aussi conscient que ça, mais c’est ça quand même. J’ai réalisé que c’était exactement ce que plusieurs de mes modèles de rêves récurrents essayaient de me dire. Que je n’arrive pas à voir le moment présent, à profiter de ce que j’ai et que je les ternis de par ma propre façon de les voir.C’est con, je l’écris et ça semble plus que  facile à comprendre, ça semble même évident.

J’ai par le fait même réalisé à quel point je pensais toujours trop. Je pense (je pense, haha! Voyez que je pense trop!) que j’ai grandi comme ça. À toujours analyser,rationaliser, penser les choses, penser le passé, penser le futur, penser le présent, penser comment le présent serait mieux si seulement… si seulement cette chose sur laquelle je n’arrive pas vraiment à mettre le doigt.

Bref, à essayer tellement fort d’être heureuse, de trouver la recette gagnante pour l’être, à vouloir me comprendre, vouloir comprendre comment ça se fait que je n’arrive jamais à être satisfaite…Bref, à tellement me poser de questions que je n’arrive pas à concentrer mes énergies sur le moment présent, qui m’assurerait sûrement beaucoup plus rapidement une part de bonheur. Je ternis moi-même les moments présents. Je ternis mon entrain, mon énergie, mon bonheur. Parce que je n’arrive pas à simplement apprécier ce que j’ai pour ce que c’est.

Ça fait déjà un certain temps que je peux dire m’être éloignée de la route principale. Je sais que ça ne me dit rien la vie de hypothèque-boulot-possession-dodo. J’ai compris que j’avais peu de chance d’être heureuse à exercer un même métier 40h/semaine, à m’acheter des objets, toujours plus gros. Que je voulais que ma vie soit en accord avec des valeurs plus authentiques de respect de soi, des autres, de la terre.  Que j’aimais beaucoup mieux vivre avec peu qu’avec trop, en autant que j’arrive à me réaliser dans mes activités de tous les jours et que je sois entourée de gens que j’aime et qui me le rendent bien.

J’ai compris que je ne suivrais pas exactement le chemin le plus populeux. Fiez-vous sur moi et mes amis du genre, ce serait bien plus facile de d’entrer dans le moule. Bien moins essouflant que d’ouvrir son propre chemin. Mais ce ne serait pas moi. Et je ne serais pas davantage heureuse.

Bref, comme je suis mon propre chemin depuis déjà quelque temps maintenant, on pourrait croire que j’ai au moins compris comment le tracer de façon à ce qu’il m’emmène où je désire aller. Apparemment non. Je pense que je comprends un peu mieux maintenant que tout ce que je peux faire c’est d’essayer de vivre davantage le présent au lieu de constamment réfléchir à comment être heureuse, autrement dit, à comment vivre.

J’ai l’impression que tout ça semble un peu insignifiant et bien évident, mais c’est tellement dur aujourd’hui de vivre en suivant réellement nos aspirations intérieures. L’ouvrage que je lis faisait référence au fait qu’on est beaucoup plus près du présent et de ce qu’on est réellement lorsqu’on est enfant, avant d’entrer dans le monde adulte ou on finit par se couler dans le moule sans trop s’en rendre compte. On n’est pas toujours heureux de notre sort, mais on a souvent l’impression qu’ainsi va la vie, un point c’est tout. Moi je n’ai pas envie de simplement me satisfaire de mon sort. Je veux mener ma barque comme je l’entend, de la façon qui m’interpelle, moi, pas le voisin.

Ces références à l’enfance m’ont ramené à ce travail que j’ai fait à l’université dans le cadre d’un de mes cours de télé. On devait monter un dossier pour un projet télé. Sujet de notre choix, formule télé de notre choix. Le dossier explique le projet de façon à vendre l’idée à un potentiel producteur. Ce projet, je l’ai créé à 22 ans. Ce projet, sur tous les sujets possibles, je l’ai monté sur le thème de la perte de l’émerveillement. Comment on en vient à vivre notre vie de façon automatique sans se laisser toucher par les petites merveilles de tous les jours, pris qu’on est dans nos 1001 occupations et préoccupations. Je l’ai relu aujourd’hui et c’est drôle parce qu’il s’en ait passé des choses dans ma vie depuis. C’était avant même que je rentre en design d’intérieur (ce qui constituait, ne l’oublions pas, un changement de carrière), avant que je quitte mon boulot en design et que je commence à voyager et à tranquillement sortir du moule. J’avais déjà ce regard différent sur la vie. J’ai imaginé une quinzaine de personnages qui faisaient leur chemin avec ou sans ce regard émerveillé qui au bout du compte est cette faculté de vivre le moment présent. Ça m’a fait du bien de relire ce que j’avais moi-même écrit il y a 7 ans, de voir que je dois somme toute être sur le bon chemin puisque les choses importantes à mon coeur n’ont pas réellement changé.

Et de voir comment mon imaginaire m’avait amené à créer toutes ces histoires alors qu’aujourd’hui, j’aurais envie de me remettre à écrire et que je semble ne pas trop savoir comment m’y prendre, comment me lancer.

Bref, je suis la première à me trouver cliché et quétaine, mais c’est vrai que lorsqu’on se plonge au coeur de soi-même et surtout au coeur du présent, on dirait qu’on voit plus claire. Qu’on se sent réellement plus groundée. Plus près de son essence. Je ne sais pas encore comment faire pour réellement vivre davantage dans le présent. Ce ne sera pas la première fois que j’essaie et que je me perds en route, mais j’ai comme l’impression que je vais devoir apprendre à le faire si je veux réussir à vivre davantage en accord avec moi-même. Que je vais devoir sortir de ma tête pour être davantage dans le moment. Je pense que je vais en arracher un peu parce que je suis TOUT LE TEMPS en train de penser. Apprendre à faire le vide dans ma tête risque d’être tout un défi. Mais j’ai vraiment envie d’essayer  de le surmonter.

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